Chronique – Motel blues – Bill Bryson

Extrait du zine Maladjusted 

“Je suis né à Des Moines. Ce sont des choses qui arrivent.
Quand on naît à Des Moines, ou bien on accepte la situation sans discuter, on se met en ménage avec une fille du coin nommée Bobbi, on se trouve du travail à l’usine Firestone et on vit là jusqu’à la fin des temps.
Ou bien on passe son adolescence à se plaindre à longueur de journée que c’est un trou et qu’on n’a qu’une envie, en partir, et puis on se met en ménage avec une fille du coin nommée Bobbi, on se trouve du travail à l’usine Firestone et on vit là jusqu’à la fin des temps.”

 

Un livre mal rangé, abandonné, même, dans les rayons de la bibliothèque. Couverture sympa. Nom inconnu, mais le titre m’attire, je lui laisse une chance. Faut dire qu’en termes de littérature, je laisse souvent le hasard m’aider à choisir. Un patronyme qui sonne bien, une couverture prometteuse. Ou même, un classique mais toujours efficace “recommandé par Stephen King”… Ca ne fonctionne pas à chaque fois, évidemment. En restant sur ces principes, ce bouquin avait déjà tout pour me plaire : l’histoire du pèlerinage familial de l’auteur, en solo, à travers l’Amérique profonde, sur les traces des vacances de son enfance.
Un bouquin que j’ai englouti sans attendre en rentrant de ma mission bibli’. Quelques jours plus tard j’ai rendu Motel Blues, mais je l’ai acheté sans attendre, avec plusieurs autres de ses œuvres. Cet auteur a désormais sa petite place sur mes étagères.

 

Bill Bryson est journaliste et spécialiste en « vulgarisation scientifique », né en 1952 à Des Moines dans l’Iowa, il est l’auteur d’une grosse dizaine de livres ayant eu pas mal de succès outre-Atlantique.

Je précise que je ne me suis intéressée qu’à ses écrits autobiographiques, et pas du tout à ses nombreux bouquins sur la science, même s’ils sont destinés au grand public. Car le petit plus de Bryson, c’est de parler de sa vie de tous les jours, en étant particulièrement désopilant. Dans Mon enfance dans l’Amérique des années 50, il nous raconte avec tendresse et humour sa jeunesse dans le Midwest. Avec un recul appréciable sur la culture des Etats-Unis, le pays qui l’a vu grandir, d’ailleurs, et qu’il a quitté à vingt ans pour s’installer en Angleterre. Idéal pour se plonger dans l’ambiance drive-in, base-ball et premiers émois amoureux dans un décor façon American Graffiti.

Mon autre coup de cœur, sûrement car c’est exactement le genre de conneries que je peux entreprendre : Promenons nous dans les Bois, dans lequel il décide de faire l’Appalachian Trail, un sentier de 3500 km, sans être un grand randonneur… Un récit hilarant (il fait un bout de route avec un ami d’enfance, légèrement en surpoids, passionné de X-files et de glandouille !). Parfait pour les aficionados de grands espaces et de randonnées, et moins d’exploits sportifs.

 

Revenons à nos moutons. Dans Motel Blues, il part rendre un dernier hommage à son père et retrace la route des vacances, pour visiter tous ces lieux que le patriarche chérissait et se replonger dans le décor estival de ses jeunes années.
Car tous les étés, le même schéma se reproduisait : le père qui se perd au volant, la mère qui veille au bon moral des troupes, et la route souvent longue vers des paysages plus ou moins attrayants. Le petit plaisir du père, que Bryson ne comprenait pas forcément gamin, c’était de les emmener vadrouiller, sillonner les routes et avaler des kilomètres pour découvrir l’Amérique, la vraie. De motel en motel, de bleds paumés en attractions miteuses, il ponctue le tout d’anecdotes bien fun et d’histoires touchantes de ses années d’enfance. Un récit autobiographique sous la forme de carnet de route, où l’Amérique profonde d’aujourd’hui et les souvenirs qu’il en a sont décrits et racontés avec humour. Adulte, il voit désormais les choses d’un tout autre regard, et les choses ont bien changées. Nostalgie au rendez-vous, donc, surtout quand il découvre ce que sont devenus une grande partie de ces lieux…

Autant l’avouer, Bryson n’est pas forcément très fin…son côté blagueur peut épuiser à la longue. Certains points commencent à être datés et deux trois clichés sont un poil lourdingues. Sa découverte d’Internet, par exemple. Moi, j’ai juste envie de l’inviter à manger une bonne raclette, pour l’écouter raconter ses souvenirs (et deux trois blagues dignes d’un bon repas de famille) en buvant un verre de pinard.

 

Avec ce livre, impossible de ne pas replonger dans mes souvenirs d’enfance. Tous les ans, même itinéraire, même objectif : traversée de la France en bagnole, mes sœurs et moi à l’arrière de la 406. Chamailleries et coloriage pour occuper le temps. Pendant ce temps, mon père s’arrachait les cheveux à la moindre erreur de direction, pendant que ma mère aiguillait tant bien que mal, atlas routier à la main, boustifaille et boissons fraîches dans la glacière, prête à être dégainées. Toujours une nuit à mi-chemin dans un mauvais formule 1, pour « couper la route » comme ils le disaient si bien. Et direction notre maison de location, la même, durant toutes ces années. Nos deux semaines à l’Océan, on y tenait… et comme pour ce bon vieux Bill Bryson, il m’aura fallu un peu de temps pour réaliser le sous-texte de tout ça, comprendre tout ce que ça implique, de vouloir offrir un peu de rêve à sa progéniture.