Chronique – Mémoires Sauvées du Vent – Richard Brautigan

Extrait du fanzine littéraire Belladonna

 

« D’où je suis assis, en ce premier août 1979, je colle mon oreille au passé comme si c’était le mur d’une maison qui n’est plus » 

 

“Le petit garçon d’à côté prenait toujours grand soin de ses vêtements. Mes habits à moi, la plupart du temps, vous n’auriez pas pu dire si j’étais en train de les mettre ou de les enlever. Ils se situaient simultanément quelque part entre à moitié arrivés et à moitié partis.” 

 

“Le chant des merles est semblable à des points d’exclamation mélancoliques tapés à la machine une soirée d’été, l’un de ces soirs qui transpirent l’ennui et l’épuisement parce qu’un vent chaud souffle du sud.”

 

Un génie. Un véritable maître de la littérature américaine. Jamais entendu parler ? Pas grave, j’ai attendu jusqu’à récemment pour lire d’une traite tous ses livres. Il m’en reste un, Cahier d’un Retour de Troie, qui m’attend. Un seul dernier, mais pas pour maintenant… Parce qu’une fois que je l’aurai lu, je n’aurai plus jamais le bonheur de tomber sur un bouquin de Brautigan, quelle tristesse. Alors avant d’entamer cet ultime ouvrage, je relis Mémoires Sauvées du Vent que je récupère tout juste d’un pote, qui l’a adoré, et qui, à l’entendre parler, m’a donné envie de le relire sans attendre.

 

Quelques mots sur cet écrivain que je vénère. Richard Brautigan est né en 1935 dans le nord ouest des Etats-Unis. Une enfance marquée par la pauvreté, les mauvais traitements et les abandons. J’y peux rien, ce genre d’écrivains et moi, il y a un truc qui colle. Romancier, poète, amoureux des grands espaces, des femmes et de l’alcool, c’est un espèce de vieux dingue en marge de la Beat Generation. Il distribue ses poèmes dans la rue, balance un pavé dans les vitres d’un commissariat pour se faire interner à l’asile, mais parle mieux que quiconque d’amour, d’isolement, de solitude et d’angoisse.
Il passera plusieurs années dans le Montana. Sombrant dans la dépression, il se tirera une balle dans la tête en 1984, rongé par la fin de sa carrière d’écrivain et l’alcoolisme.

 

Dans Mémoires Sauvées du Vent, Brautigan partage un peu de son histoire. On ne sait pas vraiment où s’arrête la part autobiographique et où commence la fiction mais on se laisse aveuglément guider par sa prose.

 

C’est ici le récit d’un gamin de douze ans, jamais nommé, marginal et morbide, qui traverse son enfance au travers de rencontres avec des gens étranges. Il ne peut que constater les différences avec les autres, enfants et adultes. Son voisin le fossoyeur, par exemple, et sa ravissante fille aux mains qui ne se réchauffent jamais. Ou ses après-midi en compagnie d’un vieillard qui apporte les meubles de son salon pour pêcher au bord d’un étang.

 

Souvenirs jusqu’à cet événement tragique comme on l’apprend dès le premier paragraphe, moment où il a décidé de franchir la porte d’une armurerie plutôt que d’acheter un burger.

 

A l’écart malgré lui, Brautigan nous livre une version tragique et poétique de l’enfance. Avec des descriptions improbables, il arrive a mettre des mots sur toutes ces petites choses futiles qui nous passent par la tête de temps à autre, ces pensées innocentes et drôles qui traversent l’esprit de nos âmes d’enfant.

 

Il puise dans tous les genres pour ponctuer ses livres de romance, de poésie ou de western pour au final avoir un style inclassable, parfois complètement délirant. Et je confirme, la deuxième lecture fait autant de bien que la première. On verra a la troisième…

 

Mayonnaise.