Chronique – Du polar – François Guérif

Extrait du fanzine Belladonna

Un jour (James Cain) il rend visite à un de ses amis, Vincent Lawrence, qui lui raconte qu’il attend un colis, mais qu’il saura quand le facteur sera là, parce que le facteur sonne toujours deux fois. Et soudain Cain s’exclame : »Vincent vous venez de me donner le titre de mon roman! »

Envie de plus de polar ? Encore PLUS dans la pile de bouquins à lire prochainement ? Nickel, François Guérif a plein de titres à vous donner. Fondateur et directeur de la collection Rivages/Noir et Rivages/thriller depuis 1986, il en connaît un rayon. Dans ces entretiens avec Philippe Blanchet, il revient aux sources du polar et lui redonne ses lettres de noblesse.

 

Bon, j’avoue, j’ai attaqué ce bouquin sans grande conviction. Côté trop “encyclopédie du polar”,  ça me rappelle quand j’avais 7 ans et que j’ai voulu lire un dictionnaire. Mais parfois tu entends parler d’un même bouquin plusieurs fois en peu de temps et tu te dis qu’effectivement tu passes peut-être à côté de quelque chose… Sous ses allures de livre un peu relou, c’est passionnant. C’est vivant, ça se lit d’une traite, le côté oral des entretiens facilite la lecture, tout est intéressant, et même pas besoin d’être un ultra aficionado de polar pour prendre son pied.

 

Pour commencer Guérif développe les étapes et les évolutions du genre, revenant sur les grands noms de la littérature, de Conan Doyle à Agatha Christie en passant par Dostoïevski et aux classiques modernes comme Hammett et Chandler. Sans oublier évidemment de faire un petit détour par le cinéma noir.

 

Les passages sur sa carrière sont passionnants et regorgent d’anecdotes sur le monde de l’édition et les auteurs qu’il a rencontré dont plusieurs sont devenus des amis proches, comme Robin Cook et Westlake.

 

Editeur depuis plus de 35 ans, il a eu une énorme influence et a permis de faire découvrir aux lecteurs français de nombreux auteurs étrangers. Les versions françaises de Ellroy, Lehane, Peace, Goodis ou Thomson par exemple. Il a aussi fait revenir sur le devant de la scène des génies de l’écriture comme Chester Himes ou Charles Williams. Et il fut le premier français à recevoir le Ellery Queen Award en 1997, ce prix prestigieux et très convoité qui récompense l’importance de son rôle dans l’univers du polar !

 

Amoureux de la langue française, ce justicier des traductions a fait retraduire Westlake, Robin Cook, Chandler ou Hammett. Certains chapitres entiers étaient supprimés pour adapter les versions françaises au format standard de la Série Noire (entre autre). Parfois jusqu’à un tiers du roman se voyait disparaître ! Tout simplement car le polar était alors un roman de gare qui devait faire moins de 250 pages pour être vendu facilement… Le polar, ce parent pauvre de la littérature. Depuis quelques années heureusement, des éditeurs comme Rivages ou Gallmeister ressortent les versions complètes. Et correctement traduites. Vous ne trouverez donc plus, en lisant un James Crumley, de mec qui se rince le gosier dans un “bar sans toit” au lieu d’un “topless bar”…

 

Pour finir ce bouquin passionnant, il liste ses 100 polars préférés, et vu les goûts du gaillard, ça fait envie ! ll se définit lui même comme un lecteur passionné avant tout, et ça se sent. Il respecte et admire le genre, et il est apprécié par les écrivains. Un bouquin à garder sous le coude, à ranger au milieu de ses copains polars. D’ailleurs, le tout premier bouquin de “grands” que j’ai lu gamine c’est Dix Petits Nègres d’Agatha Christie. Livre acheté par ma mère, je revois encore sa pochette jaune au milieu des sacs de courses Géant Casino Exincourt. Un gros livre, pour une mioche de 7 ans. Ça remonte, mais je me souviens parfaitement… Une véritable madeleine de Proust chaque fois que je l’ai entre les mains. Je vais les mettre à côté ces deux livres, ils ont bien mérité une place de choix dans ma bibliothèque.