Chronique – Bande de menteurs – Mary Karr

***Extrait du fanzine Belladonna***

« Quand j’avais sept ans, ma mère a tenté de me tuer avec un couteau de boucher. Je n’ai jamais compris pourquoi. »

 

Énorme coup de cœur pour moi, les mémoires de Mary Karr, poète et professeur de littérature dans l’état de New York sur lesquelles je suis tombée par hasard – je suis fouine experte chez Emmaüs – il y a quelques années. Née en 1955 au Texas, elle publia en 1995 cette autobiographie romancée qui la fit connaître au public.

Même si trente années ont passé, elle se souvient de tout dans les moindres détails, les faits sont là, toujours très précis, et elle nous fait vivre avec elle la beauté des souvenirs et de la nostalgie.

 

On est en 1961 à Leechfield Texas, petite bourgade suffocante du sud des Etats-Unis qui sent le pétrole, la friture et la poussière. Le livre commence sur un épisode brutal de sa vie. Mary et sa sœur aînée assistent à une crise de nerfs de leur mère qui sort toutes leurs affaires dans le jardin; vêtements, meubles et jouets avant de faire un grand feu de joie. Puis d’attraper un couteau de cuisine et d’essayer de les tuer toutes les deux. Mary a 7 ans et Leica, sa sœur, 9. Tout débute donc par l’examen du shérif des deux enfants qui ne comprennent pas ce qui vient d’arriver. Bienvenue chez les white trash !

Mary Karr nous conte une enfance cruelle au sein d’une famille rongée par l’alcool, la drogue, les secrets de famille, l’ennui et l’isolement. Le tableau ne fait pas rêver…

Il y a tout d’abord la déchéance de sa mère, artiste frustrée et fragile qui en est à son 7ème mariage et collectionne les séjours en hôpital psychiatrique parce qu’elle est, selon elle “nerveuse”.

Puis son père, ouvrier, à moitié indien, alcoolique accro aux bastons, peu bavard mais qui reste le meilleur conteur du Liar’s Club, ce club de copains qui se retrouvent au bar pour picoler en inventant des histoires. Mary Karr a toujours eu une relation privilégiée avec son père qu’elle accompagne à ses parties de pêche et ses virées dans les bars miteux, et ces petits moments dans la vie des adultes vus par une enfant de 7 ans en font un récit particulièrement riche.

N’oublions pas la grand mère froide et tyrannique, qui, atteinte d’un cancer fait subir son agonie à la famille et terrorise les gamins du quartier avec son moignon. Voisins avec qui les relations sont également houleuses, mais Mary sait se battre !

Un récit drôle et insolent pour des mémoires fortes et marquantes. On partage une enfance au cœur de la violence et du désespoir que subissent ces deux gamines innocentes et auxquelles on s’attache immédiatement. Une début de vie à la dure pour une gamine drôle, sans peur, débrouillarde voire quasi sauvage qui sera confrontée trop tôt à la loi de la jungle.

On apprend à la fin du bouquin le terrible secret qui a poussé sa mère vers l’alcool et la folie. Il aura fallu cette autobiographie à l’auteure pour comprendre cette mère qui s’est auto-détruite et lui permettre de pardonner et d’exorciser son enfance.

 

Le plus marquant, et le plus touchant, réside incontestablement dans la force morale de l’auteure : malgré ce qu’elle a enduré, Mary Karr voue un amour sans faille à sa famille.  Sans jamais se poser en victime ni abuser d’un pathos qui aurait pourtant été légitime dans ce genre de récit, l’auteure nous raconte, à travers ses yeux de petits fille, son enfance dans un coin perdu du Texas et son évolution/éducation chaotique dans une famille « un peu » dingue.

 

Ce bouquin m’avait déjà complètement obsédée lorsque je l’ai lu pour la première fois, il y a quelques années. Dans son livre Écritures, Stephen King lui même confie son admiration pour ce roman. C’est moi aussi un bouquin que je conseille dès que j’en ai l’occasion… et je n’ai même pas eu besoin de le relire pour vous dire tout le bien que j’en pense, tellement les images décrites par Mary Karr sont restées intactes dans ma tête.